Les pays africains où l’extraction de pétrole pollue le plus




Une étude publiée dans la revue scientifique américaine Science fin août 2018 classe l’Algérie en tête des pays émettant le plus de gaz à effet de serre au monde, émissions liées à la production de pétrole brut. La pratique du torchage du gaz en cause

 

On savait déjà que le secteur de l’énergie représente deux tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre, mais ce qui était bien moins connu jusqu’à présent c’était la part spécifique, par pays, de l’extraction de pétrole brut dans ces émissions; et, en allant plus loin, celles liées au torchage du gaz dans le processus d’extraction du pétrole brut.

C’est l’intérêt d’un travail commun publié par 25 chercheurs de l’université de Stanford dans la revue scientifique américaine Science le 31 août. L’article, intitulé “Global carbon intensity of crude oil production” (Intensité carbone globale de la production de pétrole), analyse des données de 2015 dans les pays producteurs de pétrole.

Les chercheurs indiquent avoir pris en compte les émissions de 8966 puits de production de pétrole brut dans 90 pays. Ces puits pétroliers représentant 98% de la production de pétrole et de condensats de l’année 2015. A l’issue de l’analyse des données, ils ont établi un classement pour 50 pays.

Dans ce classement, l’Algérie occupe le premier rang des pays dont l’exploitation pétrolière produit le plus de carbone avec 20,3 g équivalent CO2 par mégajoule de pétrole (un indicateur permettant de représenter la production de gaz à effet de serre rapporté au pouvoir calorifique du pétrole). Un résultat très éloigné d’un pays comme le Danemark, présenté comme le meilleur élève, avec seulement 3,3 g équivalent CO2 par mégajoule de pétrole. L’Algérie se situe devant le Venezuela (2e avec sensiblement la même production de C02 par mégajoule de pétrole).  

Au total, outre le pays du Maghreb, 11 producteurs africains figurent dans ce palmarès établi par les chercheurs de l’université de Stanford: Cameroun (3e), Soudan (8e), Gabon (11e), Nigeria (13), Libye (18e), Congo (19e), Egypte (20e), Tchad (22e), Angola (35e), Guinée Equatoriale (41e), Ghana (46e).

Torchage

Les émissions de GES dans ces pays sont liées aux conditions de production du brut. Le processus de production, de transport et de raffinage du pétrole produit entre 15 et 40% des émissions totales du secteur des hydrocarbures, si l’on prend en compte tout son cycle de vie, du forage à la combustion, selon l’étude. La majorité de ces émissions provient cependant du torchage du gaz (flaring en anglais), responsable de 22% des émissions amont, d’après ces scientifiques.

Pourquoi le torchage ? Le pétrole et le gaz sont généralement produits ensemble. Une fois séparé de l’eau et du pétrole, le gaz, s’il n’est pas disponible en quantités commerciales, est brûlé sur le site faute d’infrastructures de traitement (unités de liquéfaction, compression) ou de transport (gazoducs) pour être acheminé vers des centrales électriques, unités industrielles, etc. C’est généralement le cas pour des gisements en mer éloignés des côtes.

Bien que son composant principal, le méthane (CH4), ait une durée de vie plus courte dans l’atmosphère que le dioxyde de carbone (CO2) – environ 12 ans comparé à 150 ans pour le CO2 -, le potentiel de réchauffement global du méthane est 28 fois plus élevé que le CO2. En outre, le gaz naturel produit également du CO2 lorsqu’il est brûlé.

Méthodologie

Les chercheurs suggèrent, dans les pays où la réglementation sur les seuils d’émissions de GES du torchage n’existe pas encore, de faire quelque chose d’utile avec le gaz issu de l’extraction du pétrole. Cela peut être fait en le réinjectant dans le sol, en le convertissant en gaz naturel liquéfié ou en installant des gazoducs pour acheminer le gaz aux clients.

L’article déplore un manque de transparence à propos des opérations pétrolières et des données du torchage, ces dernières n’étant pas généralement recensées. Tenant compte de ce défaut de données, l’article présente une marge d’erreur reconnue par les auteurs de la publication.

Leurs recherches ont été menées sur la base de diverses sources : sources gouvernementales, littérature scientifique, rapports publics techniques de compagnies pétrolières. Pour les pays où les données du brûlage de gaz n’étaient pas disponibles, les indications ont été obtenues à partir de données satellitaires de l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (National Oceanic and Atmospheric Administration).

Pour justifier leur démarche, les universitaires expliquent qu’“aucune méthodologie unique n’existe pour mesurer l’intensité carbone des hydrocarbures”. Ils plaident enfin pour une meilleure réglementation du processus d’extraction du pétrole brut… en attendant de passer aux énergies renouvelables.

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