Cameroun : pourquoi le barrage de Memve’ele a été réceptionné sans les lignes de transport de l’électricité




Officiellement, la ligne de transport entre Nyabizan et Ebolowa (175 km) est disponible mais celle reliant Ebolowa à Yaoundé, qui permettra d’injecter l’énergie dans le réseau national, est encore en début de chantier, 06 ans après la première pierre du barrage. Les raisons

 

Le ministre camerounais de l’Eau et de l’Energie (Minee), Basile Atangana Kouna, a procédé, le 08 février dernier, à la réception “partielle du barrage de Memve’ele” (211 MW), situé dans la région du Sud.

“En tant que maître d’ouvrage, il est de mon devoir de venir constater l’effectivité de la fin des travaux du barrage de Memve’ele et de procéder à l’acceptation actée, de l’œuvre accomplie par l’entreprise Sinohydro”, a justifié le Minee.

Nama Bonaventure, chef de camp des ouvriers, qui a été chargé de prendre la parole pour l’entreprise chinoise Sinohydro, lors de la cérémonie du 08 février, a indiqué pour sa part que la réception du barrage seul permettait d’“attester” de la qualité des travaux en conformité avec le cahier de charges.

C’est que le barrage est prêt depuis plusieurs mois – depuis au moins juin 2017 précisément selon le directeur du projet d’aménagement hydroélectrique de Memve’ele, Dieudonné Bisso – mais le gouvernement hésitait à le réceptionner en l’absence des lignes de transport de l’électricité produite. Une situation qui intrigue mais qui a des explications.

L’énergie fournie par Memve’ele (211 MW) doit être injectée dans le Réseau interconnecté Sud (RIS) à travers une ligne de transport d’électricité qui va de Nyabizan à Ebolowa (175 km) puis d’Ebolowa à Yaoundé; le tout sur une distance de près de 300 km.

Avant la pose de la première pierre de l’infrastructure par le chef de l’Etat, le 15 juin 2012, la Chine et le Cameroun avaient signé une convention de financement de 541,5 millions de dollars US (environ 243 milliards de F CFA selon le taux de change au moment du contrat) dont 85% du montant accordés par EximBank China et 15% par l’Etat du Cameroun.

Seulement, cette convention – a appris Energies Media à la lecture des chiffres officiels communiqués par la direction du projet Memve’ele – concernait exclusivement le barrage et l’usine de production de l’électricité. En dehors des ouvrages d’évacuation de l’énergie, elle n’intégrait pas : l’assurance Sinosure de crédit à l’exportation et les commissions de gestion (environ 20 milliards de F CFA ou 30,4 millions d’euros) ; les voies d’accès conçues en deux phases (environ 50 milliards de F CFA ou 76 millions d’euros) ; la cité du maître d’ouvrage (environ 2,5 milliards de F CFA ou 3,8 millions d’euros) : la maîtrise d’œuvre  (10 milliards de F CFA ou 15 millions d’euros).

En février 2017, au moment où le barrage était quasiment achevé, le Cameroun avait dû solliciter un nouveau prêt auprès de EximBank of China d’une valeur de 84 milliards de F CFA (près de 128 millions d’euros) pour la réalisation de la ligne de transport de l’électricité.

A date, selon les informations fournies – dans le dossier de presse – par M. Avele Etoundi Georges, responsable des ouvrages de production et d’évacuation d’énergie au projet hydroélectrique de Memve’ele, la ligne de transport de l’énergie sur le tronçon Nyabizan – Ebolowa, comprenant 294 pylônes, est prête.

Reste cependant celle qui doit voir l’installation de 382 pylônes prévus pour porter les câbles entre Ebolowa et le poste de Nkolkoumou à Yaoundé.

Si le financement est disponible, un autre obstacle majeur est à lever par le maître d’ouvrage: la libération des emprises sur le tronçon Ebolowa – Yaoundé.

Ce dernier traverse quatre départements (Mvila, Nyong-et-So’o, Méfou-et-Akono, Mfoundi) et les populations “sont réticentes à libérer les emprises” avant le règlement des indemnisations, a appris Energies Media auprès de l’unité opérationnelle de la Cellule d’appui à la maîtrise d’ouvrage du projet d’aménagement hydroélectrique de Memve’ele.

Les discussions se poursuivent entre les autorités administratives et les populations concernées et la situation ne permet pas à la direction du projet d’avoir une vue nette sur la date de livraison de la ligne complète; même si elle espère cependant que cela pourrait être fait dans le second semestre de l’année 2018.

Lorsque la ligne sera livrée, le barrage de Memve’ele fournira l’électricité à la région du Sud, aux autres régions couvertes par le Réseau interconnecté Sud (RIS) et “bien évidemment aussi les pays voisins s’ils en font la demande”, d’après les perspectives du ministre de l’Eau et de l’Energie, maître d’ouvrage du chantier.

La région du Sud va être alimentée en électricité à partir du poste d’interconnexion de Djop, situé du côté de Memve’ele. La construction de ce poste est quasiment achevée.

D’autres infrastructures, à l’instar des transformateurs, sont prévues dans le cadre du Projet de renforcement et d’extension des réseaux électriques de transport et de distribution (Preretd), géré par Electricity Development Corporation (EDC). Le poste de Djop et les infrastructures du Preretd permettront d’utiliser l’énergie produite par Nyabizan dans la région du Sud.  

“La consommation de la région du Sud tourne autour de 10 mégawatts d’après la société distributrice d’énergie Eneo. Le reste pourra servir là où le besoin sera le plus important. Cette distribution sera sous la responsabilité du Preretd”, précise M. Avele Etoundi Georges, responsable des ouvrages de production et d’évacuation d’énergie au projet hydroélectrique de Memve’ele.

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