La stabilité du système bancaire de la Cemac fortement dépendante des cours du pétrole (étude)




D’après un document de travail rendu public en mars par la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC), le secteur bancaire, comme les autres compartiments des économies de la sous-région, est généralement affecté par les cours du brut sur le marché international. Explications

 

Entre 2010 et 2014, le système bancaire de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) s’est relativement bien porté, avant de connaître une “dégradation” ayant contribué négativement à l’évolution de l’inflation, relève un document de travail (working paper) publié par la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC) sur son site web le 05 mars.

L’étude, intitulée “Stabilité bancaire et stabilité macroéconomique dans la Cemac”, démontre que le prix du pétrole – principal produit d’exportation de cette sous-région – affecte plus que d’autres variables la stabilité bancaire de la zone.

La chute des cours de ce produit sur le marché international, à la mi-2014, a entraîné des impacts négatifs sur les différents compartiments des économies de la Cemac; impacts que l’étude analyse concernant spécifiquement le système bancaire.

“Tout choc positif sur le cours du pétrole, en améliorant le niveau des réserves extérieures et donc de la liquidité bancaire, aura tendance à renforcer la stabilité bancaire dans la Cemac. Ce résultat conforte l’idée de la forte dépendance de toutes les composantes (réelle et financière) des économies de la Cemac à l’orientation des cours du pétrole, principal produit d’exportation de la Zone. Cela explique notamment la raison pour laquelle le système bancaire sous-régional a connu une grande phase de stabilité, marquée par une surliquidité, à la suite du boom pétrolier enregistré au début des années 2000. A contrario, l’assèchement de la liquidité consécutive à la chute drastique des cours du pétrole enregistrée dès mi-juin 2014 a logiquement mis à mal la stabilité du système bancaire sous-régional”, expliquent les auteurs de l’étude.

Par stabilité bancaire, les auteurs entendent la résistance du système bancaire aux chocs et aux déséquilibres financiers atténuant les risques “susceptibles d’affecter de manière significative l’allocation de l’épargne et le financement des investissements rentables.”

Pour évaluer la stabilité bancaire, les chercheurs de la BEAC ont élaboré un indicateur de stabilité bancaire (ISB) à partir de trois principaux critères : adéquation des fonds propres, qualité des actifs, liquidité du système bancaire.

La stabilité macroéconomique est quant à elle présentée dans l’étude comme “le retour à l’équilibre au lendemain de chocs intérieurs ou extérieurs.” Diverses variables macroéconomiques sont prises en compte ici, notamment le cours du pétrole, l’écart de production, l’inflation, les réserves de change et la masse monétaire dans la Cemac.

En s’intéressant au lien entre stabilité bancaire et stabilité macroéconomique, le document évalue la mesure dans laquelle les fragilités du système bancaire sont affectées ou amplifiées par les fluctuations macroéconomiques.

“La coévolution entre l’ISB et le cours du pétrole est beaucoup plus étroite et plus stable dans le temps, qu’avec les autres variables macroéconomiques. Cette observation conforte l’idée de la forte dépendance de toutes les composantes (réelle et financière) des économies de la Cemac à la dynamique des cours du pétrole.”

“L’indice de stabilité bancaire peut être affecté jusqu’à 60% de sa valeur par le prix du pétrole, tandis que l’influence des autres variables ne peut dépasser 45% pour les réserves de change, 30% pour les chocs de productivité et 25% pour l’inflation”, souligne le document.

L’étude a été menée sur la base de données trimestrielles de la Cemac, allant du premier trimestre de l’année 2000 au troisième trimestre de l’année 2016.

Les auteurs affirment que le Cameroun, la Centrafrique et le Congo ont affiché des performances plus élevées en matière de stabilité bancaire que le Gabon, la Guinée Equatoriale, et le Tchad au cours de ces années.

“Au total, depuis la chute des cours du baril en 2014, l’ISB annuel de la Cemac a connu une dégradation mais est resté dans la zone de risque modéré. Toutefois, par ordre de fragilité croissante, au cours des récentes années le Cameroun détient le secteur bancaire le plus solide, suivi de la RCA, du Congo, de la Guinée Equatoriale, du Gabon et du Tchad”, notent les auteurs.

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