Somalie – Kenya: les pêcheurs inquiets du différend pour le contrôle des eaux riches en hydrocarbures




« Les gouvernements se concentrent sur les gros intérêts de pétrole et de gaz qui pourraient leur ramener de l’argent. Il n’y a pas que le pétrole et le gaz », se plaignent des pêcheurs

 

 

« Il n’y a pas que le pétrole et le gaz » : les pêcheurs de l’archipel de Lamu, sur la côte kényane, s’inquiètent du différend frontalier entre le Kenya et la Somalie, qui pourrait amputer grandement leur zone de pêche et leurs revenus.

Au moment où les audiences sur le tracé de la frontière somalo-kényane dans l’océan Indien s’ouvraient le 15 mars devant la Cour internationale de justice (CIJ) de La Haye, les pêcheurs de la côte orientale du Kenya se sont mobilisés à l’appel de leurs organisations et de l’association « Save Lamu ». « Save Lamu Waters » (« Sauvons les eaux de Lamu »), ont-ils clamé sur des pancartes, tee-shirts, masques anti-Covid… Le slogan flottait aussi sur des drapeaux noirs claquant aux mâts de leurs dhows (boutres locaux).

Les pêcheurs de la région se rendent régulièrement dans les eaux poissonneuses situées au large de Kiunga, localité située à l’extrémité nord du comté de Lamu qui marque la frontière terrestre avec la Somalie. Ces eaux, actuellement sous contrôle kényan, font partie d’un vaste triangle maritime de plus de 100 000 km2, convoité par les deux pays notamment pour son riche potentiel en hydrocarbures.

« Les gouvernements se concentrent sur les gros intérêts de pétrole et de gaz qui pourraient leur ramener de l’argent. Il n’y a pas que le pétrole et le gaz. Nous les appelons, et la Cour internationale, à prendre aussi en compte les pêcheurs et leur gagne-pain », se plaint Adam Lali Kombo, pêcheur sur l’île voisine de Kiwayu.

Durant la saison des pluies, les pêcheurs de la région restent près des côtes. Durant la saison sèche, ils vont en haute mer, en quête de thons, de requins, d’espadons… Ils sont même rejoints par des pêcheurs venus de Malindi et Kilifi, villes situées à plus de 150 kilomètres au sud. « Ca rapporte plus et on met de l’argent de côté avec ça », explique Adam Lali Kombo : « Si on perd ce territoire de haute mer, on perd 50% de nos zones de pêche, on perd notre gagne-pain ».

« Environ 90% des gens du comté de Lamu dépendent de la pêche. On va être les perdants », redoute Adam Lali Kombo : « Si on perd la pêche, on perd notre vie ».

Le Kenya considère que la frontière maritime est une ligne droite horizontale partant de Kiunga. Cette délimitation a été proclamée en 1979 quand le pays a fixé les limites de sa zone économique exclusive (ZEE).

La Somalie, à l’initiative de la procédure devant la CIJ, estime, elle, que cette frontière devrait s’étirer en direction du sud-est, dans le prolongement du tracé de la frontière terrestre entre les deux pays, selon une ligne médiane conforme au principe international de l’équidistance. Après plusieurs reports, le Kenya a annoncé qu’il ne participerait pas aux audiences devant la CIJ.

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