Les troupes de l’armée régulière se sont retirées du secteur « pour protéger les installations pétrolières et éviter des dommages »
Les paramilitaires en guerre contre l’armée au Soudan depuis avril 2023 se sont emparés lundi 8 décembre du plus grand site pétrolier du pays, situé dans la région stratégique du Kordofan (sud), au cœur d’affrontements meurtriers.
Les Forces de soutien rapide (FSR) « ont pu prendre le contrôle de la zone stratégique de Heglig (…) après la fuite de l’armée », selon un communiqué publié sur leur chaîne Telegram, saluant « un tournant pour la libération du pays tout entier, étant donné son importance économique ».
Les troupes de l’armée se sont retirées du secteur « pour protéger les installations pétrolières et éviter des dommages », a confirmé à l’AFP une source militaire sous couvert d’anonymat.
Heglig est situé à l’extrême sud de la région du Kordofan, devenue l’épicentre des combats après la prise de contrôle par les paramilitaires, en octobre, de la totalité de la région du Darfour, dans l’ouest du pays.
La guerre entre l’armée et les paramilitaires a tué depuis deux ans et demi des dizaines de milliers de personnes et provoqué le déplacement de 12 millions d’habitants, mais aussi dévasté les infrastructures de ce pays d’Afrique de l’Est. L’offensive des FSR au Kordofan vise, selon les analystes, à briser les dernières lignes de l’armée autour du centre du Soudan pour pouvoir reprendre la capitale Khartoum et d’autres villes clefs.
L’armée avait accusé à plusieurs reprises les FSR de lancer des frappes de drones sur Heglig, ce qui, en août, avait conduit à la suspension de l’activité du site. Selon un ingénieur du site contacté par l’AFP lundi, les équipes techniques ont « arrêté la production et les ouvriers ont été évacués vers le Soudan du Sud » voisin.
Dans un communiqué, la branche politique des FSR s’est toutefois engagée à « sécuriser totalement toutes les installations pétrolières » et à assurer la continuité de la production en permettant aux ingénieurs et ouvriers de travailler « sans obstacle ».
Pour l’ancien ministre du Pétrole, Gadein Ali Obeid, la prise paramilitaire est un « désastre ». Le pays a maintenant « perdu ses deux principales régions productrices de pétrole, Heglig et Bloc 6 », a-t-il dit à l’AFP, en référence à un autre site exploité par la Chine depuis 1995, à l’arrêt depuis le début du conflit.
La prise de Heglig est aussi un coup dur pour le Soudan du Sud, le site abritant la principale installation de traitement pour son pétrole destiné à l’export.
Lorsque Juba a fait sécession en 2011, le pays a conservé presque tous les gisements du Soudan.




