Pour arriver à la neutralité carbone en 2050, l’AIE recommande de ne plus investir dans les projets pétroliers et gaziers après 2021




À l’arrivée, en 2050, l’Agence voit 90% d’électricité d’origine renouvelable et le reste venant du nucléaire selon la feuille de route publiée le 18 mai

 

Oublier dès « maintenant » tout projet d’exploration pétrolière ou gazière et ne plus vendre de voiture thermique neuve au-delà de 2035: voilà qui sera nécessaire pour tenter de garder le réchauffement climatique sous contrôle, estime l’Agence internationale de l’énergie.

Le chemin est « étroit » mais encore « praticable » et il promet « d’énormes bénéfices » en termes d’emploi, de croissance économique et de santé, plaide l’AIE qui a publié le 18 mai, à six mois de la COP26 de l’ONU, une feuille de route permettant d’atteindre la neutralité carbone en milieu de siècle.

« Il y a un fossé croissant entre la rhétorique (climatique) des gouvernements et des industriels, et la réalité », a souligné le directeur de l’AIE, Fatih Birol, relevant que cette feuille de route permettra à « chacun de comparer ce qui est fait et ce qui devrait l’être ».

La « neutralité carbone », qui consiste à ne pas émettre plus de gaz à effet de serre que le monde ne peut en absorber, implique de changer de paysage énergétique.

Et en particulier de renoncer à tout nouveau projet pétrolier ou gazier au-delà de ceux déjà engagés en 2021, note l’AIE: « la baisse rapide de la demande signifie qu’aucune exploration n’est requise et aucun champ gazier et pétrolier nouveau n’est nécessaire au-delà de ceux déjà approuvés ».

Pour le charbon, dont la consommation est repartie de plus belle après la pandémie, le monde doit déclarer la fin des décisions d’investissement de nouvelles centrales électriques. Car le secteur électrique, lui, devra avoir atteint la neutralité carbone dès 2040. Ce qui impose d’installer d’ici à 2030 quatre fois plus de capacités solaires et éoliennes annuelles qu’en 2020, année record.

À l’arrivée, en 2050, l’Agence voit 90% d’électricité d’origine renouvelable, le reste venant du nucléaire. Les ressources fossiles ne fourniraient plus qu’un cinquième de l’énergie (contre 4/5 aujourd’hui), pour des usages comme les plastiques. Les ventes de voitures thermique neuves devront elles cesser dès 2035.

L’efficacité énergétique devra croître de 4% par an dès cette décennie, trois fois plus que le rythme des deux dernières. « C’est, par exemple, rénover un bâtiment sur cinq », décrit Laura Cozzi, responsable modélisation à l’AIE. Objectif : une demande énergétique globale in fine réduite de 8% en 2050 par rapport à celle d’aujourd’hui, avec deux milliards d’humains de plus.

« L’ampleur et la rapidité des efforts requis par cet objectif critique et formidable – notre meilleure chance d’affronter le changement climatique et de limiter le réchauffement global à 1,5°C – en font peut-être le plus grand défi que l’humanité ait eu à relever, » admet Fatih Birol.

Les investissements dans l’énergie devront passer de 2 000 milliards de dollars annuels à 5 000 milliards d’ici à 2030. Cela ajoutera aussi 0,4 point de croissance par an au PIB mondial, note une analyse menée avec le FMI.

Autre défi, en 2050, la moitié des réductions d’émissions de CO2 devra venir de technologies aujourd’hui encore balbutiantes, estime l’AIE, qui appelle à les promouvoir intensivement: batteries avancées, hydrogène vert aux applications variées, mais aussi capture et stockage du CO2 (CCS) – une solution très débattue par les experts climat, qui y voient une manière de maintenir des énergies émettrices de gaz à effet de serre.

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