Paul Collier invite le Sénégal à ne pas faire “la fête” avec les futurs revenus du pétrole




Pour le spécialiste britannique d’économie du développement, c’est l’erreur faite notamment en Afrique de l’Ouest par le Nigéria et le Ghana

 

Paul Collier, professeur d’Economie et de Politiques publiques à la faculté de Blavatnik et professeur émérite au Collège de Saint Antony à l’université d’Oxford, invite le Sénégal, dans les années à venir, à ne pas faire “la fête” avec les revenus tirés de l’exploitation de ses champs pétroliers.

L’auteur de “The Bottom Billion” (Oxford university press, 2007) a animé une conférence à Dakar le 16 octobre dernier sur le thème : “la Gouvernance des ressources pétro gazières : leçons du passé”. Ladite conférence était organisée à l’initiative de la compagnie pétrolière anglaise BP.

Dans une interview accordée au journal sénégalais “Le Quotidien” dans le même cadre, l’économiste britannique a indiqué qu’il fallait relativiser la question de la malédiction des ressources, qui laisse sous entendre que les pays riches en ressources sont souvent sujets à l’instabilité.

“Cela dépend des choix politiques du gouvernement, de la manière que ces choix sont mis en oeuvre, et si les citoyens les comprennent et les appuient […] si les citoyens ne comprennent pas la nature de l’opportunité, ils peuvent devenir eux-mêmes une partie du problème. Ils pourraient penser que les ressources naturelles sont une richesse produite sans travailler, ou se disputer pour savoir à quelles parties du pays appartiennent ces ressources. Donc, le fondement d’une bonne politique est la combinaison d’un gouvernement bien informé et de citoyens bien informés”, note Paul Collier.

Depuis 2014, des compagnies internationales ont fait d’importantes découvertes d’hydrocarbures au Sénégal. La junior écossaise Cairn Energy prévoit la production des premiers barils d’or noir dans le pays dès 2021, avec une moyenne de 100 000 à 120 000 barils par jour.

Pour le spécialiste d’économie du développement, l’exemple à suivre en Afrique est celui du Botswana et non celui du Nigéria ou du Ghana.

D’après une étude consultée par Energies Media et réalisée par la Banque africaine de développement (BAD), le Botswana, l’un des plus grands producteurs de diamants au monde, se trouvait parmi les 25 pays les plus pauvres au monde dans les années 90. En 2004, son PIB par habitant atteignait déjà 9200 dollars. En 2016, le PIB par habitant, était de près de 7000 dollars. Le pays a pu, avec ses revenus: instaurer des règles budgétaires, établir une rigueur dans les dépenses et dans la gestion des recettes, diversifier son économie.

“C’est aujourd’hui le pays le plus riche de la région australe de l’Afrique”, affirme Paul Collier.

Autre exemple, cette fois en Europe: la Norvège.

“Quand ce pays a découvert du pétrole, c’était une petite région très pauvre, qui, soixante ans auparavant, était encore une colonie du Danemark […] Mais ils ont adopté des politiques très prudentes, avec beaucoup de transparence, qui ont pu gagner la confiance de leurs concitoyens. Ils ont été très prudents dans leurs dépenses et n’ont pas songé à faire la fête. Cela a permis à la Norvège d’être aujourd’hui l’un des pays les plus riches du monde”.

L’économiste fustige les pays qui s’endettent considérablement avant même d’avoir commencé l’exploitation des ressources et/ou qui gonflent les effectifs de la fonction publique en augmentant aussi les salaires, entre autres. A la place, le professeur Collier propose d’ “investir dans l’investissement” en mettant  par exemple en place des plans d’urbanisation suivis pour avoir des villes “vivables” et “productives”; au lieu des villes “dans une totale pagaille” comme on l’observe dans plusieurs pays africains.

L’accent est également à mettre sur la gestion, souligne-t-il.  “Pour garantir une grande prospérité pour l’avenir, vous devez préserver les revenus futurs à tirer du gaz et du pétrole, et les réinvestir dans des choses qui produisent des revenus durables”

“Au fur et à mesure que l’argent rentre, il faut comprendre qu’il ne peut y avoir de fête à financer […] le gouvernement a le devoir de bien réaliser cette gestion, avec le soutien des citoyens quand il est dans le droit chemin”, préconise Paul Collier.

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