Les produits pétroliers importés à bas prix menacent les raffineries d’Afrique (Dangote)




« Nous faisons de plus en plus face au dumping de produits pétroliers bon marché, souvent toxiques, dont certains sont mélangés à des niveaux inférieurs aux normes, qui ne seraient jamais autorisés en Europe ou en Amérique du Nord », a déclaré Aliko Dangote lors d’une conférence pétrolière à Abuja

 

Le milliardaire nigérian Aliko Dangote (photo) a tiré la sonnette d’alarme face à l’arrivée massive de produits pétroliers russes à prix cassés sur les marchés africains, avertissant que ce phénomène risque de fragiliser l’industrie émergente du raffinage sur le continent.

Dangote, qui accélère le développement de la plus grande raffinerie d’Afrique – un complexe de 20 milliards de dollars situé en périphérie de Lagos, avec une capacité initiale de 650 000 barils par jour -, peine à s’approvisionner en brut localement, alors même qu’il vise une extension de la capacité à 700 000 barils par jour.

« Nous faisons de plus en plus face au dumping de produits pétroliers bon marché, souvent toxiques, dont certains sont mélangés à des niveaux inférieurs aux normes, qui ne seraient jamais autorisés en Europe ou en Amérique du Nord », a déclaré Dangote lors d’une conférence pétrolière à Abuja en début de semaine.

Il attribue cette tendance aux sanctions occidentales contre le pétrole russe, qui ont poussé Moscou à offrir d’importantes remises à des marchés alternatifs, dont l’Afrique.

Le ministère russe de l’Énergie n’a pas immédiatement répondu à une demande de commentaire.

Concurrence des négociants internationaux

Dangote s’est également inquiété du marché flottant du pétrole au large de Lomé, au Togo, dominé par des négociants internationaux. Avec plus de 2 millions de barils de produits pétroliers stockés, Lomé est devenu un centre névralgique pour les importations de carburant. Dangote avertit que cette plaque tournante pourrait compromettre les efforts de raffinage africains.

Alors que l’Afrique produit environ 7 millions de barils de brut par jour, seulement 40 % de sa consommation est raffinée localement. Le continent importe encore plus de 120 millions de tonnes de produits raffinés chaque année. La raffinerie de Dangote, entrée en service l’an dernier, a commencé à exporter de l’essence, avec un volume atteignant 1 million de tonnes depuis juin.

Toutefois, il souligne que les producteurs locaux font face à une rude concurrence de la part de négociants internationaux qui profitent des failles réglementaires et des normes de carburant inégales entre pays africains.

Pour protéger l’industrie locale, Dangote exhorte les gouvernements africains à adopter des mesures similaires à celles en vigueur aux États-Unis, au Canada et en Europe, telles que l’instauration de tarifs douaniers et de plafonds d’émissions.

Malgré les inquiétudes de Dangote, l’Afrique demeure un marché limité pour les produits pétroliers russes, loin derrière des acheteurs majeurs comme la Turquie ou le Brésil. En juin, les exportations russes de diesel et de gazole vers l’Afrique ont chuté de 30 % par rapport au mois précédent, totalisant environ 0,7 million de tonnes. Le Maroc, la Tunisie, le Togo et l’Égypte figurent parmi les principaux importateurs, selon des données maritimes.

Par ailleurs, certains navires chargés en mai, transportant environ 230 000 tonnes de diesel russe, avaient leur destination indiquée comme « for orders », signe que les lieux de déchargement définitifs n’étaient pas encore déclarés ou déterminés.

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