Le mégabarrage, inauguré le 9 septembre, doit atteindre à terme une capacité de production de 5 150 mégawatts (MW), soit plus du double de ce que l’Ethiopie produit actuellement
L’Ethiopie, après 14 ans de travaux, a officiellement inauguré le 9 septembre son Grand barrage de la Renaissance (GERD) sur le Nil, plus grand ouvrage hydroélectrique d’Afrique et « grande réussite pour toutes les personnes noires », a affirmé son Premier ministre, malgré les tensions générées avec les pays en aval.
Lancé en 2011 pour un montant de 4 milliards de dollars, le GERD est un immense ouvrage de près de deux kilomètres de large pour 170 mètres de haut, et d’une contenance totale de 74 milliards de mètres cubes d’eau, selon les derniers chiffres communiqués par l’entreprise italienne Webuild, maître d’oeuvre du barrage.
Pour le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique, où quelque 45% des 130 millions d’habitants n’ont pas accès à l’électricité il est un gage de « révolution énergétique », selon des experts.
Le GERD « change la vie de 30 à 40 millions de personnes » en Ethiopie, a qui il donnera accès à l’électricité, s’est félicité le patron de Webuild Pietro Salini, interrogé par l’AFP.
Le GERD est « la plus grande réussite de l’histoire des personnes noires », s’est réjoui le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed lors de son inauguration à Guba, en présence de dirigeants de la région.
Parmi ceux-ci, le président sud-soudanais Salva Kiir, qui a indiqué que le plus jeune pays du monde signerait un accord avec l’Éthiopie pour l’achat d’électricité.
Plusieurs turbines sur les 13 prévues sont déjà en activité depuis 2022. En juillet dernier, Addis Abeba avait annoncé que l’ouvrage était terminé.
Le mégabarrage doit atteindre à terme une capacité de production de 5 150 mégawatts (MW), soit plus du double de ce que l’Ethiopie produit actuellement. Une puissance toutefois largement inférieure à celles des deux plus gros barrages au monde, les Trois-Gorges (22,5 GW) et Baihetan (16 GW), situés en Chine.
Le GERD est également parmi les plus hauts barrages d’Afrique, derrière notamment le barrage de Gilgel Gibe III (243 m) sur le fleuve Omo en Éthiopie, inauguré en 2016, et le barrage de Katse sur la rivière Malibamatso au Lesotho (185 m).
Il va permettre à Addis Abeba de générer d’importantes recettes grâce à l’électricité vendue à ses voisins. Le Premier ministre a estimé ses retombées à 1 milliard de dollars par an.
Différend avec l’Egypte
Hors d’Ethiopie, le mégabarrage est vertement critiqué par l’Egypte, qui le qualifie de « menace existentielle ».
Dans une lettre de protestation adressée au conseil de sécurité de l’ONU, le ministère des Affaires étrangères égyptien a dénoncé le 9 septembre la décision « unilatérale » de l’Ethiopie d’exploiter le GERD « en violation du droit international ».
Le GERD se trouve sur le Nil Bleu, qui prend sa source en Ethiopie et s’écoule jusqu’au Soudan, où il rencontre le Nil Blanc pour former le Nil. Le Nil Bleu fournit jusqu’à 85% des eaux du Nil.
Or l’Egypte et ses environ 110 millions d’habitants dépendent à 97% du Nil pour leurs besoins hydriques, notamment pour l’agriculture.
Le Soudan a également fait part de son inquiétude.
Différentes tentatives de médiation depuis une décennie entre les trois pays – sous l’égide successivement des Etats-Unis, de la Banque mondiale, de la Russie, des Emirats arabes unis et de l’Union africaine – ont toutes échoué.
Un conflit ouvert entre l’Ethiopie et l’Egypte est toutefois « peu probable », selon les différents chercheurs interrogés par l’AFP.
« Cela n’affectera en rien votre développement », a encore assuré Abiy Ahmed aux pays en aval lors de l’inauguration. « Nous ne ferons de mal à personne ».
Les barrages « libèrent de l’eau pour produire de l’énergie. Ce ne sont donc pas des systèmes d’irrigation qui consomment de l’eau », a acquiescé Pietro Salini de Webuild, pour qui il n’y aura « pas de changement dans le débit » du Nil.




