Cameroun : l’Etat nationalise la distribution de l’électricité, 24 ans après




En reprenant les parts du britannique Actis, l’Etat reprend le contrôle d’un secteur qu’il avait confié à des sociétés privées depuis 2001

 

Le gouvernement camerounais – à travers le ministère des Finances et le ministère de l’Eau et de l’Energie – a signé, le 19 novembre à Yaoundé, la convention de rachat des 51% détenus par le fonds d’investissement britannique Actis dans la société Eneo, concessionnaire de la distribution d’électricité au Cameroun. 

Montant de l’opération : 78 milliards de FCFA (environ 118,9 millions d’euros). L’Etat camerounais, qui détenait 44% avant l’opération, possède désormais 95% du capital social d’Eneo, les 5% restants étant dévolus au personnel d’Eneo par le biais du le biais du GIC-P Eneo. 

La transaction “s’inscrit dans une dynamique portée par les orientations stratégiques de la politique du président de la République [Paul Biya] et sa volonté affirmée de renforcer notre souveraineté économique, consolider les capacités nationales dans le secteur de l’électricité et garantir une gouvernance cohérente des entreprises d’intérêt stratégique”, souligne un communiqué conjoint du ministre des Finances et du Minee. 

Pour rappel, Actis était entré au Cameroun en 2014 en rachetant les parts du groupe américain AES Corporation, qui avait obtenu la reprise des activités de la défunte Société nationale d’électricité (Sonel) à sa privatisation en 2001.

AES Corporation avait signé, en juillet 2001, avec le gouvernement camerounais, quatre contrats de concession englobant tout le secteur public de l’électricité: production, transport, distribution et vente de l’énergie. Les contrats avaient été concédés à Actis, donc Eneo, avant leur terme, qui courait jusqu’en 2021.

Après les concessions de AES Corporation, le gouvernement se rendit apparemment compte par la suite que le service public de l’électricité n’était plus géré, par une unique entité privée, en décidant de la rédaction d’une nouvelle loi régissant le secteur de l’électricité pour réviser celle du 24 décembre 1998.

Cette nouvelle loi fut adoptée le 14 décembre 2011, avec pour particularité de séparer les activités de : stockage d’eau, production d’électricité (possibilité d’avoir plusieurs producteurs), gestion du réseau de transport et distribution de l’électricité (possibilité d’avoir plusieurs distributeurs).

A la faveur de cette loi, de nombreuses innovations ont pu être mises en œuvre. l’Etat camerounais a repris en avril 2018 le segment transport de l’électricité à Eneo en le confiant à une entité publique : la Société nationale de transport de l’électricité (Sonatrel). 

La gestion du stockage d’eau (liée aux ressources des barrages de retenue) a été confiée formellement à l’entreprise publique Electricity Development Corporation (EDC) en septembre 2020. 

Des producteurs privés exercent déjà au Cameroun, à l’instar de NHPC qui exploite le barrage hydroélectrique de Nachtigal (420 MW). 

Une dynamique que le gouvernement entend poursuivre à travers cette prise de contrôle d’Eneo pour des “réformes d’urgence nécessaires à la stabilisation du système électrique”

“La reprise d’Eneo est un acte de souveraineté énergétique. Elle ouvre la voie à une modernisation profonde, à la sécurisation des investissements et à une amélioration durable de la qualité du service public de l’électricité”, promet le ministre de l’Eau et de l’Energie, Gaston Eloundou Essomba.

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