Etiage, transport de l’électricité, règlement des factures d’Eneo parmi les principales difficultés qui affectent le fonctionnement optimal du barrage hydroélectrique de Nachtigal (420 MW de puissance installée), selon le ministre camerounais de l’Eau et de l’Energie Gaston Eloundou Essomba
Entrée en pleine exploitation en mai 2025, la centrale hydroélectrique de Nachtigal, construite avec une puissance installée de 420 mégawatts et exploitée par NHPC (détenue à 40% par le groupe français EDF et 15% par l’Etat camerounais) ne fournit pas sa pleine capacité pour alimenter le réseau public d’électricité du Cameroun. Une situation reconnue officiellement sur le terrain mercredi 18 mars 2026 par le ministre camerounais de l’Eau et de l’Energie (Minee) Gaston Eloundou Essomba, “à l’invitation” de la directrice générale de NHPC Claire Gall, comme il a tenu à le préciser.
En période de pointe (moment où la consommation d’électricité est la plus forte), à 18h notamment et en prenant pour date de référence le 18 mars, le barrage, équipé de sept groupes de 60 MW chacun, fournit environ 300 MW, a expliqué le ministre à la presse dans la salle de commande du barrage. Chaque groupe, pour ses besoins, doit recevoir un débit de 150 mètres cubes d’eau par seconde. D’après le Minee, trois principaux problèmes affectent le fonctionnement optimal du barrage et en premier lieu l’étiage (période où les cours d’eau atteignent leur point le plus bas, en temps de saison sèche notamment).
“Nous sommes en période d’étiage, ce qui implique que l’eau que le barrage reçoit peut bien baisser. Ce volume vient des barrages-réservoirs [dont Lom Pangar, NDLR] mais un réservoir peut ne pas être entièrement rempli et on va le ressentir au niveau de la production. En 2025, la saison des pluies a été très courte donc nous n’avons pas totalement rempli les barrages réservoirs, nous avons donc un déficit. Nous sommes aujourd’hui en train de gérer de manière optimale le volume d’eau disponible pour rattraper la prochaine saison des pluies. Pour ne pas vider le lac, nous sommes obligés de faire une gestion rationnelle. Nous avons des débits qui permettent de faire une production moyenne. Je le dis pour vous rassurer, Nachtigal est un bel ouvrage, Nachtigal est une réussite sur le plan technologique, Nachtigal est une fierté pour notre pays, toutes les machines sont opérationnelles, il suffit tout simplement d’avoir le débit d’eau maximal pour que le barrage donne 420 MW, son débit de production contractuel”, a relevé Gaston Eloundou Essomba.

“Toute l’eau qui entre à Nachtigal, nous la turbinons complètement. Nous optimisons l’eau en dehors du débit réservé”, a indiqué à Energies Media un ingénieur camerounais travaillant pour NHPC. D’un maximun de 47m3/s, le débit réservé garantit la continuité écologique en mouillant le tronçon du fleuve Sanaga coupé par le barrage. Ce débit permet aussi de faire fonctionner une petite centrale hydroélectrique de 4,5 MW. Cette dernière alimente des équipements de l’aménagement hydroélectrique de Nachtigal et à aussi vocation à fournir de l’électricité aux communautés riveraines sur un réseau local 30kV d’Eneo.
Eneo
Autre difficulté majeure du barrage de Nachtigal présentée en dehors de l’étiage : le règlement des factures du distributeur de l’électricité Eneo, qui est l’unique acheteur de l’énergie produite par NHPC à un tarif de 0,061 euro par kWh pendant 35 ans.
“Aujourd’hui nous avons quelques préoccupations pour que cette énergie soit entièrement payée : les problèmes de déséquilibre financier du secteur de l’électricité où l’opérateur qui est chargé d’acheter cette énergie pour la revendre n’arrive pas à payer ses factures. Le partenaire est patient parce que le volume d’arriérés est important et il fait confiance à l’Etat du Cameroun qui a engagé un vaste programme de redressement du secteur de l’électricité pour augmenter le niveau de revenus du secteur et être à mesure de payer à bonne date ses factures. Le redressement qui est donc en cours a pour objectif de collecter un niveau de revenus conséquent pour pacifier les rapports avec nos principaux partenaires comme EDF qui est l’un des partenaires dans le projet de construction du barrage de Nachtigal”, a expliqué le ministre.
D’après des informations de la presse économique camerounaise, contractuellement, Eneo serait contraint de régler mensuellement environ 10 milliards de FCFA à NHPC pour les 420 MW, alors que la société ne consomme pas cette capacité du fait de problèmes sur les lignes d’évacuation d’énergie qui ne sont pas du ressort d’Eneo.
Sonatrel
Dans le cadre de ses engagements, NHPC devait construire une ligne de transport d’électricité du projet, de 225 kV, entre le site de production et une station d’arrivée à Nyom 2 (nord de Yaoundé) pour être injectée dans le réseau du distributeur d’électricité. La ligne a été construite mais d’autres ouvrages dépendant de la Société nationale de transport de l’électricité (Sonatrel) ne permettent pas d’injecter toute l’énergie dans le réseau public, notamment le Réseau interconnecté Sud (RIS) qui alimente six des dix régions du Cameroun (Centre, Sud, Littoral, Ouest, Sud-Ouest, Nord-Ouest). Des projets d’interconnexion ont été réalisés pour connecter aussi la région de l’Est au RIS.
“Dans les conditions actuelles d’hydrologie, c’est-à-dire le volume d’eau que le barrage reçoit pour produire de l’énergie, elle est entièrement mise sur le marché. L’énergie arrive à Nyom 2. Nyom 2 alimente déjà le Centre, le Sud et l’Est. Rien que ces trois régions prennent déjà 375 MW […] À meilleure fortune, le barrage va produire 420 MW. A partir d’Edéa et Douala, il y a un problème, il y a un noeud, une congestion; et les travaux qui sont en cours c’est pour construire un nouveau corridor qui part de Yaoundé avec une ligne de 400 kilovolts pour Edéa et à partir d’Edéa, il y a une autre ligne de 225 kilovolts qui arrivera à Ngodi-Bakoko à Douala (chef-lieu de la région du Littoral, NDLR). Ces lignes s’achèvent au mois de juin. Au mois de juin, nous aurons un deuxième couloir qui va transporter l’énergie”, a assuré Gaston Eloundou Essomba.
Le Minee s’est opposé à des interprétations sur une mauvaise conception du projet.

“Nous n’avons pas mis la charrue avant les bœufs. Tous ces projets sont synchronisés, seulement les projets de lignes ont des contingences beaucoup plus élevées : par exemple la libération des emprises […] des gens qui se plaignent de n’avoir pas été indemnisées même quand cela a été le cas et qui font suspendre les travaux […] Le problème de transport dont on parle est totalement résolu au mois de juin 2026, pas 2027”, a-t-il affirmé, dans un contexte où les projets gouvernementaux prennent souvent plus de temps que prévu pour leur exécution.
Le ministre camerounais de l’Eau et de l’Energie (Minee) Gaston Eloundou Essomba était sur le site de l’aménagement hydroélectrique de Nachtigal mercredi 18 mars à Ndokoa (Commune de Mbandjock, département de la Haute-Sanaga, région du Centre). Déplacement effectué en présence du directeur général de la Société nationale de transport de l’électricité (Sonatrel) Victor Mbemi Nyaknga et de la directrice générale de NHPC (société du projet Nachtigal) Claire Gall.

D’après les données de NHPC, le barrage de Nachtigal a fourni annuellement en 2025 deux térawattheures (2 TWh) d’énergie pour une consommation d’environ 7 TWh sur le Réseau interconnecté Sud, l’équivalent d’environ 30% de l’énergie consommée par les ménages et entreprises alimentés en électricité par le RIS.




