Burundi: la pénurie du carburant alarme les pêcheurs




A Rumonge, au sud du pays, les bateaux sont cloués au sol. Les moteurs sont à l’arrêt. Il n’y a presque plus de mouvement sur le lac. « Ici, les pertes sont énormes. Beaucoup de familles vivaient de la pêche. Et voilà, actuellement, on n’a plus de carburant pour faire fonctionner nos bateaux », raconte un pêcheur

 

A Rumonge, au sud du pays, à 74 km de Bujumbura la capitale économique, les pêcheurs ne savent plus à quel saint se vouer. Dans cette ville côtière, la pêche dans le lac Tanganyika constitue la principale activité. C’est là qu’on trouve la majorité des pêcheurs du Burundi.

Désœuvrés, les pêcheurs rencontrés par l’Agence Anadolu échangent en petits groupes, histoire de tuer le temps. Les bateaux sont cloués au sol. Les moteurs sont à l’arrêt. Il n’y a presque plus de mouvement sur le lac. « Ici, les pertes sont énormes. Beaucoup de familles vivaient de la pêche. Et voilà, actuellement, on n’a plus de carburant pour faire fonctionner nos bateaux« , raconte Issa Nduwayo, un pêcheur croisé au site de pêche de Rumonge. Ce père de six enfants précise qu’avant cette pénurie, il pouvait avoir du carburant à 21 euros ou 22 euros. « Comme ça, je pouvais aller en plein lac pour attraper beaucoup de poissons. On consommait entre 150 et 200 litres. Mais, comme le carburant manque, on est découragé de pêcher en plein lac. Nos bateaux sont à l’arrêt », déplore-t-il, notant que sur le marché noir, le prix d’un litre d’essence a été multiplié par 5 voire plus. « Pour avoir la même quantité, aujourd’hui, ça me demanderait de débourser au moins 100 euros », souligne-t-il.

Hassan, lui, est un orphelin qui vivait de la pêche. Il lance : « C’est vraiment très difficile aujourd’hui d’avoir à manger. Notre patron a arrêté tous les bateaux parce qu’il n’y a pas de carburant. Je ne vois même pas comment pourrai-je payer le loyer ». Il souligne que les stations-service sont à sec dans cette ville. « Et le peu de carburant disponible de façon sporadique se volatilise en quelques minutes », se lamente-t-il, notant qu’il venait de passer plus d’une semaine sans travailler.

Sur les différents étals de poissons à Rumonge, la situation est révélatrice. Il n’y a presque plus de poissons ou de Ndagala séchés. Les étals sont vides. Ce qui affecte les vendeuses du poisson. « Que voulez-vous qu’on vous dise. Il n’y a plus de poissons parce qu’on ne pêche pas. On ne sait plus comment allons-nous faire vivre nos familles, c’est ici qu’on trouvait de l’argent pour nourrir nos enfants, payer le minerval, etc. », s’inquiète Maggy Nusura, une vendeuse de poissons. Elle précise que seuls quelques pêcheurs à rames travaillent encore. « Et là, quand par chance, ils attrapent quelques poissons, le prix est multiplié par trois ou quatre par kg », décrie-t-elle, demandant à l’Etat de faire tout pour que le carburant soit disponible. Et d’alerter : « sinon, beaucoup de familles vont mourir de faim, des enfants vont abandonner l’école. »

Interrogé par l’Agence Anadolu, Gabriel Butoyi, président de la Confédération nationale des pêcheurs indique que 75% des pêcheurs ont arrêté leurs activités. « Ce qui doit avoir un impact sur la production. Or, les 25% restants utilisent des moyens très rudimentaires et ne peuvent pas arriver au milieu du lac pour attraper beaucoup de poissons ».

Didace Itangishaka, directeur général de Mogas Burundi, un fournisseur de carburant, estime que cette pénurie est liée aux allocations en devises insuffisantes, à la hausse du prix du carburant à l’international à cause de la crise russo-ukrainienne ainsi qu’à la spéculation de certains importateurs.

Une situation qui préoccupe le gouvernement. Contacté par Anadolu, Martin Ndayizeye, directeur général de l’Energie au sein du ministère de l’Hydraulique, de l’Energie et des Mines dit que son ministère est en train de travailler pour trouver une solution adéquate. « Bientôt des mesures d’atténuation seront prises et nous espérons que ces dernières pourront amortir le choc », promet-il sans préciser de date.

Au Burundi, depuis fin janvier 2022, le prix officiel d’un litre d’essence est à 1,21 euros et celui du gasoil de 1,19 euros. Mais, sur le marché noir, il oscille autour de 4 euros.

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