Afrique : 530 millions de personnes pourraient être toujours privées d’électricité à l’horizon 2030 (rapport AIE)




Constat de l’Agence internationale de l’énergie, qui évoque le rythme des politiques actuelles et la demande accrue annoncée

 

C’est « un enjeu mondial », prévient l’Agence internationale de l’énergie (AIE) : l’Afrique a besoin de mesures plus fortes pour développer les énergies propres, faute de quoi 530 millions de personnes seront encore privées d’électricité en 2030. « Les mesures menées sur le continent ne suffisent pas » à répondre à ses besoins de développement, alerte l’AIE.

Aujourd’hui 600 millions d’Africains sont sans accès à l’électricité. 80% des entreprises subsahariennes restent soumises à des coupures de courant, et 80% des ménages cuisinent au bois, sources de maladies respiratoires graves.

Or au rythme des politiques actuelles, et de la demande accrue annoncée, 530 millions de personnes resteraient sans électricité à horizon 2030. Seule « une poignée de pays » – dont l’Afrique du Sud, l’Ethiopie, le Ghana, le Kenya, le Rwanda et le Sénégal – bénéficieraient d’un accès complet, estime l’AIE, qui a publié le 08 novembre le rapport « Africa Energy Outlook 2019 », un rapport de 300 pages conçu également comme un guide pour les acteurs locaux.

« Dans seulement deux ans, l’Afrique sera la région la plus peuplée au monde, dépassant la Chine et l’Inde, avec d’ici 2040 plus de 2 milliards de personnes, soit 800 millions de plus par rapport à aujourd’hui », souligne le directeur de l’AIE, Fatih Birol. « La demande d’énergie de cette population jeune et en pleine expansion et la façon dont on y répondra sont critiques pour l’avenir économique, social et énergétique de l’Afrique mais aussi du monde », a-t-il dit à l’AFP.

Cette demande devrait augmenter deux fois plus rapidement que la moyenne mondiale au cours des 20 ans à venir. Avec un doublement du nombre de véhicules et un recours accru au GPL pour la cuisine, elle pourrait croître de 3,1 millions de barils par jour d’ici 2040, plus que la croissance attendue en Chine et juste derrière l’Inde.

Pourtant, dit M. Birol, « l’Afrique peut avoir cette opportunité unique : devenir le premier continent à se développer grâce à l’efficacité énergétique, aux énergies renouvelables et au gaz naturel ». En particulier, si les décideurs mettent l’accent sur des technologies propres, le solaire photovoltaïque pourrait devenir la première source d’électricité d’ici 2040 en termes de capacité installée, souligne le rapport.

Le gaz naturel viendrait compléter les besoins, notamment pour l’industrie, ajoute l’agence, qui rappelle que l’Afrique accueille plus de 40% des gisements mis à jour ces dix dernières années (Egypte, Mozambique, Tanzanie, Sénégal, Afrique du sud…).

Augmenter les investissements

À ce jour, le continent le plus riche en ressources solaires n’a que 5 gigawatts de panneaux photovoltaïques, moins de 1% de la capacité mondiale installée. Selon M. Birol, cette capacité pourrait être multipliée par 70 d’ici 2040. « Une croissance gigantesque parce que le potentiel est énorme et le coût très bas ». « Le principal est de trouver les bons investisseurs, qui iront là-bas parce qu’ils peuvent gagner de l’argent », ajoute l’économiste.

Amener l’électricité à tous nécessiterait de quadrupler les investissements, à quelque 120 milliards de dollars par an jusqu’en 2040, dont la moitié seraient consacrés à l’édification des réseaux, a calculé l’AIE. Avant les financements, ce qui compte c’est « le bon gouvernement, la bonne gouvernance, » relève M. Birol. « De nombreuses entreprises dans le monde aimeraient investir dans un endroit où le solaire est bon marché et la demande si forte. Mais s’il n’y a pas de bon cadre d’investissement, ils n’investiront pas ».

Mais il se dit « optimiste », devant la « détermination politique de nombreux gouvernements » africains: « je crois que le futur énergétique de l’Afrique va surprendre les pessimistes ». Pour preuve, les cas du Kenya et du Ghana. « Il y a seulement cinq ans, 25% de la population kényane avait accès à l’électricité. Aujourd’hui c’est plus de 75%, et dans 2-3 ans, nous nous attendons à ce que le Kenya soit entièrement électrifié ».

« Pareil au Ghana. Le taux était très bas il y a dix ans. Conséquence d’un bon cadre d’investissement gouvernemental, il est maintenant à 84%, et là encore dans 2-3 ans le plein accès à l’électricité sera réalisé. Donc oui c’est possible ».

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